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Priez pour la paix de Jérusalem

André Chouraqui·1 septembre 1986

Témoignage personnel d'André Chouraqui sur Jérusalem, ville qu'il a découverte en 1950 et où il a construit sa maison. Il décrit son expérience comme adjoint au maire Teddy Kollek et sa vision de Jérusalem comme laboratoire de l'unité humaine.

J'ai découvert pour la première fois le paysage de Jérusalem voici trente-six ans, en 1950. J'avais alors parcouru en tous sens la planète tout entière et à vrai dire, je ne m'attendais pas au choc que j'éprouvais en accédant à ce qui me semblait être le toit du monde, là ou convergent les paysages, la faune, la flore et l'humanité du monde entier.

Dès le premier regard, il me sembla reconnaître ma ville, là où je devais, peu de temps après m'établir et me marier. C'était alors la Jérusalem du partage, où j'ai bâti ma maison près de la frontière fermée de laquelle la Légion arabe, pendant la guerre des Six Jours, tira sur notre toit quatorze obus et des milliers de balles.

Après avoir été le conseiller du Chef du Gouvernement, j'avais eu le privilège d'être élu dès 1965 avec Teddy Kollek, à la Mairie de Jérusalem. Dans ce poste de direction, à l'heure la plus pathétique de l'histoire de la ville, j'ai pu voir s'éveiller la Belle-au-bois-dormant, la cité renaître de son long sommeil avec un appétit de vivre qui semblait vouloir rattraper le temps perdu des exils.

Elle devenait d'un coup une sorte de cité-mère de l'humanité où se croisent des Juifs venus de cent deux pays du monde, des Musulmans qui représentent toutes les ethnies et tous les rites de l'Islam, des Chrétiens qui appartiennent non seulement à l'église catholique, mais aussi à trente et une autres confessions chrétiennes.

Ville de contrastes, Jérusalem offre ainsi un spectacle d'une rare intensité dramatique : les lambeaux d'une mosaïque universelle, taillés dans la chair de l'humanité entière, se rencontrent et retrouvent leur place dans la cité des racines et des sources.

Pendant vingt ans le signe visible du partage et des contradictions du monde, est devenu le laboratoire de sa réconciliation. La réconciliation des Fils d'Abraham, pour laquelle je lutte depuis tant d'année parmi tant d'autres, me parait être le seul événement susceptible de modifier le cours de l'histoire.

Oui, priez pour la paix de Jérusalem.

André Chouraqui, Jérusalem, septembre 1986

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