LectureInterfaith Dialogue

Dialogue Between Cultural Universes and Its Horizons of Peace

André Chouraqui·March 23, 1999·Prix Sénateur Giovanni Agnelli, Turin

Speech delivered by André Chouraqui upon receiving the International Prize for Dialogue Between Cultural Universes, in Turin on March 23, 1999. He explores the roots of dialogue, the nature of sacred language, and the Mediterranean's role as cradle of reconciliation.

Le mot clé de l'honneur que vous me faites en me décernant le Prix International pour le Dialogue entre les Univers Culturels est le mot « dialogue ». Le terme dialogos, employé d'abord par les philosophes, en premier lieu par Aristote et Platon, dérive de dialegein, « discuter » et ne veut pas dire « parler à deux » comme il est fréquent de le penser, mais participer à un entretien ou à une discussion, à deux ou plusieurs personnes avec, pour but, de marcher ensemble vers le logos, dia-logos, vers la vérité. Ainsi tout dialogue suppose une marche en avant.

Cette route a commencé pour moi sur le seuil de la maison où je suis né le 11 août 1917, à Aïn-Témouchent, en Algérie coloniale. À l'âge de sept ans, j'avais été frappé d'une attaque de poliomyélite, maladie difficilement curable alors. Immobilisé, je pouvais voir défiler sur le boulevard de la Révolution où j'habitais, des juifs dont j'étais, des chrétiens qui étaient les maîtres de la colonie, et des musulmans. Ces trois groupes cohabitaient dans une parfaite ignorance, voire souvent un parfait mépris les uns des autres. Qui étaient-ils ? Pourquoi s'ignoraient-ils ? Quelle était la cause de leurs conflits et comment espérer les réconcilier ? Ces questions que je me posais enfant, n'ont jamais cessé d'animer ma quête de vérité dans mon adolescence et dans ma vie d'homme.

Pour ma part, je pensais qu'il fallait reprendre ce dialogue en ses racines mêmes, ce qui me conduisit, ma vie durant, à traduire et commenter, dans un espoir de paix et de rapprochement, non de rivalité, la Bible, le Nouveau Testament et le Coran.

Les dimensions actuelles de l'univers donnent une acuité nouvelle aux problèmes du langage et de la communication entre langues et cultures différentes. Il serait illusoire, et à certains égards néfaste, d'imaginer qu'une langue universelle puisse s'imposer à tous mais, dans toutes les langues, il serait nécessaire que des méthodes nouvelles de traduction puissent enrichir le langage de valeurs nouvelles, en harmonisant ses significations globales. À vrai dire, le silence seul peut forger l'unité du langage humain.

Nous sommes à Turin, proche des rives de la Méditerranée où, comme vous, je suis né. J'ai passé ma longue vie à sillonner cette mer et les pays qui la bordent. Les univers culturels du judaïsme, du christianisme et de l'islam, nés tous trois des fécondités de la Bible doivent ainsi s'ouvrir les uns aux autres dans un esprit de reconnaissance et de complémentarité.

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